Interview Mouna Ayoub : « Pour moi un bouton est plus important qu’un homme ! »

GuysAndPeople a rencontré Mouna Ayoub, célèbre femme d’affaires et collectionneuse de pièces Haute-Couture, à l’occasion de la vente aux enchères qu’elle organise pour clôturer la ‘fashion week’ (voir notre article : Mouna Ayoub met ses trésors aux enchères). La jet-setteuse qui vit entre New-York et Monaco, s’est confiée sur ses coups de cœur mode actuels et nous a livré quelques anecdotes sur certaines créations qu’elle va céder dans le cadre de son mécénat.

Mouna Ayoub a déjà vendu plusieurs de ses précieux biens au profit de causes qu’elle soutient comme pour l’Atelier des enfants du Centre Pompidou en 2002.

 C’est au sein d’un hôtel particulier situé dans le 8ème arrondissement avenue Hoche, que Mouna Ayoub nous reçoit. La mécène nous raconte l’histoire d’une partie de sa garde-robe qu’elle va mettre aux enchères pour venir en aide à deux secteurs qu’elle affectionne depuis toujours, la mode et le cinéma. Celle à qui il est arrivé d’acheter des collections haute-couture entières sans même les essayer, se livre à nous sans langue de bois…

G&P : Bonjour Mouna, pouvez-vous nous parler de cet ensemble multicolores assez atypique ?Versace before after - Mouna AyoubMouna Ayoub : « C’est un ensemble signé Gianni Versace pour sa collection printemps-été 1991. Pour moi cet ensemble représente Andy Warhol. J’adore James Dean, et Marylin Monroe était une actrice douée et amusante. Gianni Versace était une chance pour moi, tellement talentueux. Bien que j’ai demandé qu’il me crée un legging assorti à l’ensemble pour couvrir mes jambes, mon ex-mari saoudien, trouvait cette tenue inappropriée. J’ai fini par ne jamais la porter. Cet ensemble était exposé dans mon salon chez moi, tel un tableau. Le sac, avec ses superbes poignets, n’a jamais été utilisé non plus ».

G&P : Vous exposiez vos acquisitions dans votre salon ?

Mouna Ayoub : « (rires) Oui chez moi à Neuilly, 300 mannequins se tenaient dans mon salon. Je m’amusais à changer les robes sur les mannequins, c’était un peu comme mes poupées. Et puis j’alternais, un mois je faisais tout Chanel, l’autre Yves Saint Laurent ou Jean-Paul Gaultier. En fait, j’habillais mes poupées comme si elles étaient moi, car je n’avais pas le droit à l’époque de m’habiller comme bon me semblait. Chez moi, ça sentait fort le naphtaline, (le naphtaline est souvent utilisé comme anti-mites, ndlr) pour protéger mes robes. Ma santé peut en pâtir mais tant que mes robes sont sauvées, ça me va (rires) ».

G&P : Il y a beaucoup de pièces signées Chanel dans votre collection, Karl Lagerfeld est-il votre designer favori ?

Mouna Ayoub : « J’aime tout ce qui est beau et créatif. Naturellement Karl Lagerfeld a une abondance, une fontaine d’idées. La silhouette de la maison Chanel s’adapte parfaitement à la mienne. Et il faut dire que l’«after-sales service» chez Chanel est formidable. Je suis très perfectionniste et je m’offense pour le manque d’un bouton. Dernièrement il manquait un bouton sur l’une de mes tenues de ma collection, et ils ont tout fait pour me le retrouver. Vous voyez pourquoi je ne me remarierai jamais, pour moi un bouton est plus important qu’un homme (rires) ».

G&P : Après avoir soutenu plusieurs célèbres maisons de couture, que pensez-vous de la jeune pousse ?

Mouna Ayoub : « D’abord, je continuerai à soutenir les anciens aux mains de nouveaux couturiers. J’aime la maison Dior, aujourd’hui encore elle propose une grande variété de robes et de sacs. Dernièrement j’ai acheté trois robes créées par Raf Simons. Cette saison je vais assister au défilé d’Alexis Mabille pour découvrir son travail. J’ai repéré des choses intéressantes chez Maxime Simoëns mais il va falloir adapter certaines créations car c’est très court et je suis très vieille (rires). Je trouve ça bien que les maisons de couture prestigieuses telle que Balmain fasse confiance aux jeunes. J’ai d’ailleurs beaucoup aimé les deux dernières collections d’Olivier Rousteing. Les grands couturiers actuels ne sont pas éternels, ils seront remplacés par les nouveaux talents comme Mabille ou Simoëns et il faut des clientes comme moi pour les encourager ».

G&P : Que pensez-vous du retour de John Galliano chez Margiela ?

Mouna Ayoub : « J’ai assisté au tout premier défilé de Galliano. Aujourd’hui sa dernière collection me laisse perplexe. J’avoue ne pas avoir très bien compris cette collection. Mise à part dans les manteaux magnifiques, je n’ai pas retrouvé Galliano dans les créations. Le début de la collection, était décevant ».

Mouna Ayoub face à une création Haute Couture John Galliano qu'elle va vendre aux enchèresG&P : Le créateur qui ne vous déçoit jamais ?

Mouna Ayoub : « Karl Lagerfeld ».

G&P : Celui qui vous surprend toujours ?

Mouna Ayoub : « Jean-Paul Gaultier ».

G&P : Celui que vous regrettez ?

Mouna Ayoub : « Yves Saint Laurent, je l’admirais ».

G&P : Le créateur des créateurs ?

Mouna Ayoub : « Sans aucun doute, John Galliano était mon créateur fétiche lorsqu’il travaillait chez Dior ».

G&P : Versace de nos jours, vous en pensez quoi ?

Mouna Ayoub : « Aujourd’hui, ils se sont concentrés sur une seule génération de clientes, que je ne citerai pas. C’est dommage ».

G&P : Valentino est toujours dans la course…

Mouna Ayoub : « Est-ce vraiment lui qui dessine aujourd’hui? Moi c’est le créateur qui m’intéresse et non sa griffe ».

G&P : Vous êtes d’origine libanaise, que pensez-vous des créateurs libanais qui ont le vent en poupe sur les tapis rouges hollywoodiens ?

Mouna Ayoub : « Il y a de belles choses mais bien trop de broderies. Ils habillent les princesses arabes mais tout le monde n’est pas une princesse des mille et une nuits. Nous aimons la coupe, la taille, le tafta, la soie, nous voulons voir le tissu au sens noble du terme, et non un tissu recouvert de paillettes. On ne peut pas supporter une collection entièrement brodée. Je ne suis pas venue voir une collection Swarovski (rires). La haute-couture ce n’est pas de la broderie, c’est une coupe, une silhouette, et je le répète, un tissu. J’irai quand même voir Elie Saab cette saison et on verra bien… ».

G&P : La Haute-Couture d’aujourd’hui plus forte que celle de demain ?

Mouna Ayoub : « Ce qui m’inquiète c’est que les petites mains vieillissent. Chanel est l’une des rares maisons à les renouveler, à en former de nouvelles. Je crains qu’il n’y ait pas de renouvellement des petites mains. Le travail des petites mains est plus important que les créations elles-mêmes. C’est grâce à elles qu’un vêtement ne va pas vieillir rapidement. Aujourd’hui il doit me rester environ 1500 pièces haute-couture et je continue d’acheter car je suis une collectionneuse, une collectionneuse de créations de qualité, de créations faites par ces petites mains ».

Mouna Ayoub face au sac vert CHANEL conçu par les ateliers d'art de France.

Vente aux enchères de 3000 pièces de la garde-robe personnelle de Mouna Ayoub, du 30 janvier au 2 février 2015 inclus à l’hôtel des ventes Cornette de Saint Cyr, 6 avenue Hoche, Paris 8ème.

Toute reproduction interdite sans la mention Guysandpeople.fr

Dans la jungle de John Galliano

John Galliano s’apprête à faire un retour en grandes pompes lors de la fashion week Haute Couture pour la maison Martin Margiela. A 53 ans, le couturier britannique va tenter de renaitre sur les podiums tel un phoenix après « l’affaire » qui lui a valu d’être expulsé de chez Dior.

John Galliano, défilé prê-à-porter printemps-été 2015En attendant cet événement, la griffe du créateur continue d’exister sous la direction artistique de Bill Gaytten. Ce dernier a présenté au Centorial à Paris, une collection exotique avec motifs cocotier et faune latine.

John Galliano (16)

Bill Gaytten

Une immersion dans la jungle avec plusieurs nuances de vert et de marron, des feuilles, des matières légères mais aussi des coupes structurées au niveau des vestes et manteaux ainsi qu’une légère touche pailletée pour les tenues de soirée.

Côté accessoire, de la hauteur pour mettre en valeur les robes longues avec des chaussures plateformes qui seront de la “party” cet été !

Une jolie brochette de mannequins rayonne au premier rang du défilé avec la belle Noémie Lenoir, Nina Agdal et Barbara Cabrita. Mais aussi le PDG de Christian Dior couture Sidney Toledano, la comédienne Natasha Andrews et l’animatrice Ophelie Meunier.

  • Share