Interview Lisa Stansfield : « Les français me comprennent en tant que personne »

On ne présente plus Lisa Stansfield, icône britannique aux millions d’albums vendus. Elle est l’une des seules artistes blanches à s’être fait une place dans le monde très fermé du R&B durant les années 90. Son tube « All around the world » est devenu est un classique international et ses duos sont entrés dans la légende (Queen, Georges Michael..). A l’occasion de la sortie de son huitième opus intitulé « Deeper », la belle se produira en France sur trois dates en avril 2018, l’opportunité pour GuysAndPeople d’aller à la rencontre de cette artiste talentueuse aussi simple que sympathique …

Total Look Cuir pour l'artiste Lisa Stansfield qui pose pour GuysAndPeople - EarMusic - New Album Deeper avril 2018

GuysAndPeople : Ton nouveau single « Billionaire » est-il un message pour toutes ces femmes qui pensent que l’argent peut acheter le bonheur ?

Lisa Stansfield : Oui,  mais c’est aussi un message pour tout le monde pas uniquement pour les femmes. Ce que je veux dire c’est que tu peux avoir toutes les richesses de ce vaste monde mais si tu ne peux pas partager ces choses avec les autres, cela t’enferme dans quelque chose de très solitaire. Tu deviens si seule, vraiment.

Dans “Billionaire” tu écris : « Je ne veux pas vivre avec toi dans l’espoir qu’un jour tu meures d’une crise cardiaque » ce sont des paroles dures…

Tu sais, il y a des personnes qui vivent ça au quotidien dans ce monde. Je pensais peut-être à cette splendide jeune femme mariée à un très vieil homme, je pense que cette pensée fait partie de son plan (rires), entre nous je doute de son attirance sexuelle envers lui (rires). C’est triste, mais beaucoup de personnes s’impliquent dans une relation pour les mauvaises raisons. Cela arrive tous les jours, tout le temps, dans le monde entier.

Cette femme est prisonnière de cette relation, est-ce une situation que tu as vécue auparavant ?

Non pas vraiment. Lorsque j’ai été mariée la première fois, avec un italien, il est vrai que je me sentais très seule à cette époque. Seule au final, car je suis ce genre de personnes qui tombe amoureuse très rapidement. Quand je me suis mariée avec lui, je ne suis pas tombé amoureuse de l’homme mais du chemin, de son monde, de sa culture, je voulais surtout quitter ma petite ville et découvrir le monde sauvage (rires). Mon histoire est différente, tu sais ce n’était pas une personne oppressive mais il était si solitaire. Je ne suis pas le genre d’artistes à raconter ma vie dans mes chansons, et puis moi lorsqu’une situation ne me convient pas, je dis non, stop, et je m’en vais.

La voix de la Soul Music UK Lisa Stansfield pose pour GuysAndPeople - EarMusic - New Album Deeper avril 2018

Tu es de la vieille école où les chanteuses n’avaient pas encore besoin de s’exhiber sur les réseaux sociaux pour booster leurs ventes de disques, il me semble ne pas t’avoir vue sur Instagram, quelle est ta relation avec les réseaux sociaux ?

En fait, je suis bien sur Instagram, mais la raison pour laquelle les gens ne me trouvent pas facilement c’est parce que il faut taper @LisaJStansfield. Ceci, car mon nom a été usurpé au départ, j’ai dû le rallonger d’un J (comme pour Lisa Jane Stansfield, ndlr). Je n’ai pas pu récupérer mon nom de scène et les fans pensaient que le compte existant était le mien.  Hélas, nous n’avons pas pu savoir qui se cachait derrière ce compte. J’ai donc authentifié mon nouveau compte, et aujourd’hui tout va mieux. Il y a des bonnes choses sur les réseaux sociaux comme l’interaction avec mon public mais aussi quelques tracas comme ces histoires d’usurpations d’identité.

Maintenant que l’on sait que tu es bien connectée, tu as dû tomber sur le hastag #TimesUp que penses-tu de ce mouvement ?

Dans l’ensemble je pense que c’est une bonne chose concernant #TimesUp et #MeToo également. Le seul souci avec le #MeToo, c’est que certaines femmes qui n’ont pas grand-chose à dire viennent s’accrocher à cet immense wagon alors qu’elles ne sont pas concernées. Il faut laisser la parole aux vraies victimes. Elles banalisent tout ce dont pourquoi les femmes se sont battues jusqu’ici. « Celui-ci a touché mes fesses #MeToo celui-là a regardé mon décolleté #MeToo », elles banalisent ce mouvement et nous éloignent du vrai sujet, de cette véritable souffrance que beaucoup de femmes vivent. Et puis c’est devenu une espèce de chasse aux sorcières, une guerre anti-hommes, mais il faut savoir que si nous sommes seules, nous ne pouvons pas demander l’égalité des sexes. On veut l’égalité entre les hommes, les femmes, les gays, les hétéros, les noirs, les blancs, pour chaque culture, pour que les dominations cessent. On devrait être tous égaux et se battre pour entretenir cette égalité et non pas se battre pour savoir lequel est le plus mauvais ou le plus puissant par rapport à l’autre. Nous devons mettre en place cette égalité et la respecter. Or cela fausse tout quand tu essayes de te venger d’une mauvaise personne. Ne fais pas à l’individu qui t’a fait du mal la même chose, parce que tu seras aussi mauvais que lui au final. Je ne dis pas qu’il faille se rabaisser mais de tourner les choses plus intelligemment. Saisir la justice en est une mais le lynchage sur les réseaux je ne sais pas si c’est la réelle solution ?

L'artiste Lisa Stansfield pose pour GuysAndPeople - EarMusic - New Album Deeper avril 2018

Ton huitième album arrive dans les bacs, il s’intitule « Deeper », cela signifie-t-il que les chansons qu’il contient ont davantage de sens ?

Oui, avec le temps tu vois les choses d’un autre œil. Je ne peux pas vraiment l’expliquer mais j’essaie désormais de voir davantage le bon, la beauté des choses. Lorsque tu es impliqué dans une longue relation amoureuse, les choses deviennent plus profondes mais tu ne peux pas expliquer ce qu’il y a de différent alors qu’il y a évidemment une grande différence car il y a eu une progression constante, l’amour a évolué plus profondément « deeper and deeper ». Tu ne t’en rends pas compte et parfois tu as ce sentiment surprenant où tu te dis « j’n’aurais jamais imaginé pouvoir ressentir plus que j’aie déjà ressenti auparavant ». Puis tu te rends compte que cela arrive de plus en plus souvent, encore et encore. Ça vous surprend à chaque fois et ça vous donne l’envie de continuer comme pour cet album.

Pourquoi avoir attendu quatre ans pour sortir ce nouvel album ?

Les autres ont peut-être attendu mais moi, j’étais en train de travailler ! (rires). Tu sais quand tu t’absentes pendant un moment, et je suppose  que c’est le cas pour beaucoup d’artistes, les gens s’imaginent que tu es assises sur une chaise, que tu te la coules douce, dans une cage avec de la nourriture et qu’après 4 ans tu réapparais avec ce que tu as pu en tirer  (rires). Plus sérieusement, c’est parce qu’il s’agissait d’une importante préparation avec mon équipe.

L’écriture notamment…

Oui j’écris constamment. La question que je me pose est la suivante : « Est-ce que je souhaite enregistrer un nouvel album chaque année et être ainsi dans l’actu ? ».  La réponse est non. J’ai besoin de sentir que c’est le moment, que ça fonctionne dans le sens que j’imagine avant de proposer mon projet à mon public et ce, même si ça doit prendre 10 à 15 ans entre chaque album.

C’est un projet de musique pop/soul mais tu as pour habitude de remixer tes titres pour le public clubbing, ce sera le cas avec « Deeper » ?

Oui évidemment, tout le monde apprécie quand je le fais sur mes chansons. Mon public aime le fait de pouvoir écouter le même titre de 45 façons différentes (rires). Quand tu connais les personnes spécialisées et compétentes, ce processus est  vraiment intéressant surtout d’un point de vue créatif. Parce que lorsque tu crées une chose, une chanson, tu ne peux pas exploiter son potentiel à 100% en premier lieu. Du coup, mettre cette création entre les mains d’une personne qui voit les choses différemment peut parfois te permettre d’obtenir le meilleur.

Lorsque l’on est une artiste comme toi qui a eu la chance de collaborer avec les plus grands tels que Barry White ou George Michael, a-t-on encore l’envie de travailler avec d’autres talents ? Si oui, lequel ?

God ! Tu peux m’en sortir deux ou trois et je te réponds oui ou non (rires). Je n’en ai pas un ou une en particulier car il y a tellement d’artistes et d’univers différents. Si j’avais à travailler ou chanter avec un(e) autre artiste il/elle ne devrait certainement pas être similaire à mon style mais être assez différent(e). Ainsi on pourrait obtenir quelque chose d’étrange, d’original et/ou de magique. Le duo doit apporter un vrai plus sinon c’est ennuyant…

Tu es également actrice, il y a un rôle que tu convoites ? Un personnage que tu aimerais interpréter ?

Non pas vraiment, j’aime juste le fait de pouvoir jouer et d’en profiter. Quand je travaille en tant qu’actrice et que je côtoie toutes ces célèbres stars du grand écran, je suis comme un petit enfant « Oh regarde il y a elle ! Et lui ! » (rires). Je suis déjà célèbre dans ma profession en tant que chanteuse solo,  et pouvoir pratiquer, de temps en temps, le métier de comédienne au cinéma ou au théâtre, que j’aime beaucoup, c’est déjà un beau cadeau. J’adore discuter avec ces merveilleuses actrices et apprendre. Je ne préfère pas m’imaginer faire une carrière mais oui j’aimerais tourner davantage au cinéma.

Lisa Stansfield pose pour GuysAndPeople - EarMusic - New Album Deeper avril 2018

Lisa Stansfield pour GUYSANDPEOPLE

Ton premier album est paru il y a 29 ans, ta voix est encore solide et belle, ton physique est appréciable, quel est ton secret ?

Je pense qu’il faut juste ne pas se prendre au sérieux, vraiment. Ne pas prendre au premier degré tous les compliments que les gens te disent souvent, du type : « Comme tu es belle, t’es superbe, merveilleuse… ». Ils te flattent mais ne t’imaginent pas lorsque tu es chez toi avec ta tête du matin. Allez, déguerpissez de là bande de faux-culs (rires).

C’est ce qui te fait tenir dans cette industrie, ce recul, le fait d’être toi, aussi franche ?

Honnêtement, je pense que oui. Le fait de rester fidèle à toi-même et de ne pas t’enfermer dans une image que les autres aimeraient voir de toi. Lorsque tu es célèbre et que tu es dans ce business, les gens attendent et espèrent beaucoup de toi mais tu ne peux pas tous les satisfaire. Donc la meilleure des solutions et de rester toi. Même si c’est parfois moins vendeur (rires). Tu ne peux pas être cinquante personnes à la fois. Restez vous-mêmes et vous n’aurez jamais de regrets !

La Chanteuse Lisa Stansfield pose pour GuysAndPeople - EarMusic - New Album Deeper avril 2018

Quelle est ta relation avec tes fans français ?

Je pense avoir une excellente relation avec le public français. Car les français me comprennent en tant que personne. Ils savent que je suis une personne terre-à-terre et je crois que c’est ce qu’ils apprécient chez moi. Je pense réellement que c’est un super public au sens où ils sont très  fidèles. Ils sont très affectueux mais si tu les offenses ils te blâment à jamais ! (rires) Donc il faut être très prudent avec eux. Je ne les ai jamais encore offensés et je touche du bois (elle tape sur la table en bois, ndlr) pour que cela n’arrive jamais. J’ai toujours exprimé mes opinions et je pense que c’est ce qui nous lie avec les français.

Tu es enthousiaste à l’idée de les revoir bientôt sur scène ?

Oui très excitée, surtout que nous allons faire Paris, Nantes et Bordeaux. Ça va vraiment être très intéressant.

Le concert à Paris est déjà complet depuis des semaines, comment ressens-tu cet accueil ?

J’ai juste tellement hâte d’y être. C’est toujours la première fois lorsque l’on se produit à Paris. C’est toujours la folie avec le public parisien.

Que peut-on te souhaiter pour les dix prochaines années ?

Eh bien que je sois toujours en vie (rires) et que je continue à chanter pour que tu puisses revenir m’interviewer mon chou.

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« Deeper » (label EarMusic) disponible dès le 6 avril 2018 sur toutes les plateformes de téléchargement légal.

Les dates de sa tournée (Gérard Drouot productions):

23.04.18 : PARIS – Le Trianon (Complet)

27.04.18 : NANTES – Cité des Congrès

28.04.18 : BORDEAUX – Théâtre Fémina

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