Interview Nezha Alaoui ( Maison Mayshad) : « Be who you want to be ! »

Photographe, designer lifestyle, fashion designer, Nezha Alaoui est une créatrice aux multiples facettes artistiques. Nous l’avons rencontrée en plein cœur de la fashion week parisienne dans son luxueux showroom à deux pas de la place Vendôme. L’occasion de découvrir la collection maroquinerie de luxe Maison Mayshad 2018 mais aussi l’état d’esprit hors du commun de cette jeune entrepreneure positive et « motivatrice ».

G&P : « Que signifie Mayshad » ?

Nezha Alaoui : « Il s’agit des deux premières syllabes des prénoms de mes filles. J’ai deux filles Maysoon et Shadeen. Ce sont mes premiers soutiens et mes premières fans. Lorsque j’ai voulu me lancer dans une carrière artistique, tout le monde essayait de me décourager en me conseillant de rester dans mon confort de vie sociale. J’avais développé des marques américaines que je vendais au Maroc et les affaires marchaient bien. Mais j’ai décidé de tout remettre en question pour déconstruire ma vie puis la reconstruire en devenant photographe et partir en mission pour les nations-unies. Les gens qui m’entouraient et qui m’aimaient avaient peur pour moi alors que mes enfants âgés alors de un et quatre ans sentaient mon envie et me disaient « it’s fun, do it ! » (rires) et c’est ainsi que ce qui était considéré comme « une folie » s’est concrétisé.».

G&P : L’actrice Kelly Rutherford est-elle l’égérie de votre maison ?

« J’ai envoyé un message à l’actrice Kelly Rutherford sur Instagram pour lui témoigner ma considération. J’adore son style et j’aimerais tellement lui ressembler. Ses chignons, son chic, je la trouve magnifique. Elle a été adorable avec moi, elle m’a donné son adresse où j’ai pu lui envoyer l’un de mes sacs. Elle a eu la gentillesse de le mettre en scène sur l’un de ses posts Instagram. Ce n’est pas l’égérie que j’ai engagé comme me l’aurait conseillé mon attachée de presse, je préfère les contacts directs. On m’a suggéré de contacter des agents de personnalités pour ce genre d’opérations marketing mais honnêtement la personne qui n’est pas capable d’être réceptive via des messages privés, ne m’intéresse pas pour représenter mon travail. J’ai besoin de plus de complicité avec la personne et Kelly Rutherford a été très sympa.».

G&P : Quel est le moteur de votre ambition ?

« L’humain ! Mes années en business international ne m’ont jamais appris le contact avec les gens, à encourager et gérer une équipe. C’est mon école hôtelière qui m’a beaucoup aidée. Le côté humain est très présent dans ce que l’on vous apprend dans le service. On apprend à être réactif, chaque matin on doit faire en sorte que les réservations soient pleines, on ne peut pas rester les bras croisés à attendre le lendemain. Il y a ce côté entrepreneur assez actif « time is money ». J’ai été serveuse six mois dans un hôtel à Milan et autres expériences à Londres et le fait de vivre dans différents endroits qui ouvre à une culture international.».

G&P : Vous êtes une artiste qui touche à plusieurs domaines, cela ne risque pas de semer le flou en terme d’image auprès du grand public ?

« En 2017, avec internet, on peut se former de tout, il y a tellement de métiers techniques qui nous aident à exprimer notre âme artistique que c’est difficile d’être artiste unilatéral et de se dire par exemple, je suis sculpteur, je ne fais que de la sculpture. Donc j’espère que non, je ne veux pas entrer dans une seule case et me limiter.».

G&P : Pourquoi cette ouverture vers la mode particulièrement ?

« La photo est pour moi un élément libérateur. J’ai besoin d’observer le monde, d’entrer en contact avec des cultures. Donc je suis passée par la photo pour un besoin personnel puis plus général avec ma mission pour les nations unies. J’ai passé deux ans à faire des livres sur le Maroc saharien. J’ai passé beaucoup de temps dans le désert avec les populations du désert. Le désert a une atmosphère particulière, ça vous laisse le temps de réfléchir à ce que vous voulez faire de votre vie (rires). On passe d’une vision de la vie complexe à une version très claire. J’avais un message à transmettre via mon objectif mais surtout un message que je voulais transmettre aux femmes. Car j’ai fait des choix de vie en tant que femme qui m’ont libérée. Et je pense que je peux m’adresser aux femmes via cette expression que représente la mode, le prêt-à-porter, avec un message qui dit ‘tu peux être maman, tu peux être toi-même et tu n’as pas à culpabiliser avec les codes de la société’. ‘Il faut que je me marie sinon c’est la fin du monde’, tout est possible dans la vie. Il faut construire ta vie comme elle te plait réellement et ne pas t’enfermer dans ce que ton environnement et la société te demandent. Le sac à main est le meilleur ami de la femme. Il est son allié, il ne la quitte jamais que ce soit au travail, au sport ou en mode dating. Je voulais proposer aux femmes un outil qui va les aider et qui va les accompagner dans leur vie puisqu’elles sont très courageuses et passent d’une vie à une autre dans la même journée.».

Publications, sac, Mayshad

G&P : Quel est le secret de gestion d’une vie aussi active ?

« L’organisation ! Je planifie ma vie. Avant de dormir je sais exactement ce que je vais faire le lendemain. Le dimanche je planifie ma semaine, le 1er du mois je planifie le mois qui arrive et ainsi de suite. J’ai une vision sur les six mois à venir. Je sais où je veux être dans les cinq ans à venir et c’est très important. Je dis toujours, tu as un rêve, par exemple tu es barman, tu sers des cocktails. Ton rêve est d’avoir une chaîne de bars. Quand tu es seule, tu mets en place tes idées, ton business plan, tu continues d’avancer. Tu n’as pas de sous et ton projet ne parait pas palpable mais plus tu vas le concrétiser dans la réflexion plus un jour, tu serviras peut-être un verre à une personne qui est un investisseur potentiel. Tu lui expliques ton projet et tu es prête à lui proposer ton business plan, il te met au défi de t’investir à la mesure de ton ambition et il t’engage. Des gens qui ont de l’argent dans le monde, il n’y a que ça et cherchent des gens qui ont des visions pour les aider à les mettre en place. Il ne faut pas laisser ton rêve de côté, sinon tu finiras par servir des verres toute ta vie. Tu passeras à côté de beaucoup d’opportunités car toi-même tu ne sais pas ce que tu veux.».

G&P : Et comment les choses se sont passées  pour vous, une personne a cru en votre projet et y a investi ses capitaux ?

« En ce qui concerne la maroquinerie, il y a eu une rencontre. Car pouvoir accéder aux ateliers auxquels j’ai pu accéder aux tanneries est très compliqué. C’est très verrouillé, c’est d’un snobisme total. Tu peux arriver avec ton budget et ton ambition ils n’en ont rien à faire car ils ont déjà des marchés avec les grandes marques. J’avais cette idée-là en tête et j’ai croisé sur mon chemin de vie une personne qui était producteur pour ces grandes marques et qui m’a ouvert ces réseaux là. Cette personne est un exemple des centaines d’opportunités que j’ai eu dans ma vie car j’ai toujours su ce que je voulais. Evidemment j’ai des investisseurs, j’ai un hedge fund qui finance une partie de mon affaire. Mais de la même façon, ils savent que je suis une esclave de cette boîte et que je bosse, que j’ai une vision et que je me donne à fond. Personne ne va vouloir investir sur un individu qui ne se prend pas au sérieux. Ainsi il faut croire en ta vision, et c’est ainsi que tu vas la développer et la débloquer. Rien que de vivre à Paris est une chance inouïe, je reviens de Madagascar et c’est déjà plus difficile dans les bidonvilles. Mais avec du positivisme on peut toujours se sortir de toute situation. On est tous dans la même situation au départ mais l’amélioration existe pour tous. Be who you want to be !».

La collection Maison Mayshad SS18 est disponible au sein du showroom :
“Appartement Mayshad“, 8 rue du Chevalier de Saint George 75001 Paris sur rdv.
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